Histoire de l’exposition
MA POSITION - DR KENNETH MONTAGUE
Mes parents ont émigré de la Jamaïque au Canada dans les années 50, bien avant la grande explosion de l’immigration caribéenne et africaine des années « Pierre Trudeau ». Je suis né et j’ai grandi à Windsor, dans un quartier où nous étions la seule famille noire. J’avais l’impression d’être une île : les seuls signes extérieurs de mon identité noire venaient de la culture visuelle principalement transmise par la télévision et le cinéma, et de l’autre côté de la frontière, par des établissements culturels tels que le Detroit Institute of Arts. C’est là qu’à l’âge de dix ans, j’ai vu pour la première fois les images audacieuses et sophistiquées du quartier new-yorkais bouillonnant de vie de James Van der Zee, figure de la Renaissance de Harlem, et plus tard, celles de maîtres afro-américains comme Gordon Parks et Roy DeCarava. Lorsque j’étais au secondaire, j’ai travaillé en tant que guide bénévole au musée North American Black Historical Museum (aujourd’hui connu sous le nom d’Amherstburg Freedom Museum), et c’est là que j’ai appris que nous avons nous aussi un riche patrimoine culturel ; un patrimoine dont mes professeurs d’histoire du Canada ne m’avaient jamais parlé.
Des années plus tard, j’ai commencé à explorer l’art contemporain qui me parlait de ma propre expérience. Les questions de race, de genre, de mémoire, de migration, de communauté et même de style personnel sont devenues des thèmes importants au fur et à mesure que j’enrichissais ma Wedge Collection. Dès le début, j’ai réalisé l’importance de créer un espace pour les artistes afro-canadiens émergents, d’où le nom et la mission de ma collection : une tentative délibérée de « caler » (wedge en anglais) ces artistes dans le courant dominant de l’art contemporain.
Position As Desired: Exploration de l’identité afro-canadienne | Photographies de la Wedge Collection est la première grande exposition qui examine l’histoire, les mouvements et les expériences des Canadiens noirs à travers la photographie contemporaine. Cette exposition itinérante a été organisée conjointement avec le Musée royal de l’Ontario (Toronto) où elle a été inaugurée en 2010, avant d’être transférée au Musée canadien de l’immigration du Quai 21 (Halifax) en 2013, puis d’être présentée à l’Art Gallery of Windsor en 2017. Il s’agit d’une collection de photographies, de vidéos et de souvenirs provenant de mes archives personnelles, allant de rares portraits d’époque des premiers immigrants africains au Canada jusqu’à des œuvres contemporaines d’artistes établis.
Dans le cadre de notre partenariat, la Maison du Canada à Londres, au Royaume-Uni, présentera une nouvelle version de Position As Desired : des photographies d’artistes noirs britanniques qui échangent avec des œuvres de Canadiens noirs, tirées de la Wedge Collection. Il y a beaucoup d’histoires à raconter, et j’espère que cette sélection d’œuvres très subjective favorisera une discussion plus approfondie sur le regard que nous portons sur nous-mêmes et celui que d’autres portent sur nous, et sur les similitudes qui pourraient exister parmi les membres de la diaspora.
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L’essai principal du catalogue original de Position As Desired (2010) de la conservatrice et historienne afro-canadienne Julie Crooks, résume les liens entre le Canada et le Royaume-Uni :
« L’identité culturelle (...) concerne autant le devenir que l’être. Elle appartient aussi bien à l’avenir qu’au passé. Il ne s’agit pas de quelque chose qui existe déjà, qui transcende les lieux, le temps, l’histoire et la culture. (...) comme tout ce qui est historique, [les identités] subissent une transformation constante (...). Les identités sont les noms que nous donnons aux différentes façons dont nous sommes positionnés par les récits du passé et dont nous nous positionnons au cœur de ces récits. »
— Stuart Hall (théoricien culturel noir britannique)
« Comment résister à la « dermatologie » de la culture canadienne qui m’a imprégné pendant toutes ces années, et avoir l’audace raciale de me considérer comme Africain? Et pourquoi le ferais-je? Simplement pour donner un contexte plus incisif à ma contestation ? Ou, soyons francs, pour éviter la douleur de m’entendre appeler… « de couleur », « nègre », « maudit Jamaïcain », ou « Antillais » ? Est-ce que j’ai l’air plus Africain que Canadien ? Si je laisse faire, cela veut-il dire que je considère que les Canadiens sont blancs et que les Africains sont noirs? Et que si l’on est Noir, on ne peut pas être né ici, et qu’on ne peut pas être Canadien? »
— Austin Clarke (romancier noir canadien)
Les épigraphes ci-dessus indiquent que les identités, en particulier celles associées à la diaspora africaine, sont toujours insaisissables et en constante mutation. Comme le suggère Austin Clarke, l’expérience d’une personne d’origine africaine qui « devient » canadienne ou la construction d’une identité « afro-canadienne » reconnaissable, est entravée par l’insistance marquée sur la différence visible. Les réflexions de Clarke mettent donc en évidence les complexités inhérentes aux identités à trait d’union telles que « Afro-Canadien ». Comme le suggère Clarke, le Canadien « africain » est considéré comme constamment en marge, comme ayant une pratique culturelle immuable située dans un passé et un ailleurs », ou comme un perpétuel nouvel arrivant. Par conséquent, comment les sujets noirs élaborent-ils des stratégies et luttent-ils pour trouver une position significative dans le discours social et culturel canadien dominant?
Dr. Kenneth Montague, Position As Desired: Exploration de l’identité afro-canadienne | Photographies de la collection Wedge, 10 février, 2017.
© Dr. Kenneth Montague | La collection Wedge. Image: Yannick Anton.
Position As Desired: Exploration de l’identité afro-canadienne | Photographies de la collection Wedge, 10 février, 2017.
© Dr. Kenneth Montague | La collection Wedge. Image: Yannick Anton.